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Le peuple

Absent

Description Historique

En 1572, après que le pouvoir royal a ordonné de tuer les chefs protestants, le peuple de Paris, gagné par la fièvre meurtrière, étend le massacre à l’ensemble des huguenots, ce que Chénier choisit d’occulter pour ne pas contrevenir à l’image qu’il veut donner du peuple à la fin du siècle des Lumières. En 1789, le tiers-état représente 98 % de la population française. En son sein, la bourgeoisie représente 5 % et les paysans 85 %. Or la France connaît alors une crise financière qui entraîne une crise sociale : des révoltes populaires éclatent dès le printemps 1788. Les réformes envisagées par les ministres des finances successifs se soldent par des échecs, notamment à cause des deux ordres privilégiés, le clergé et la noblesse, qui refusent de participer à l’effort fiscal, laissant le peuple supporter tout le poids des impôts. Le sentiment d’injustice qui en découle est l’une des causes majeures de la Révolution française. Mais dans les premiers temps de ce mouvement de révolte, le peuple reste très attaché à son roi et n’envisage pas du tout de le renverser. C’est l’angoisse face à l’avenir qui l’amène à exiger que le pouvoir prenne en compte ses intérêts.

Point de vue de Chénier

” [Dans cette tragédie], la vertu […] est exaltée, le crime puni par le mépris et par les remords, la cause du peuple et des lois défendue sans cesse contre les courtisans et la tyrannie. J’ose donc affirmer que c’est la seule tragédie véritablement nationale qui ait encore paru en France ; qu’aucune autre pièce de théâtre n’est aussi fortement morale.” (Chénier, Charles IX, “Discours préliminaire”) “Les tragédies d’un peuple libre, d’un peuple éclairé, devraient toujours avoir un but moral et politique”. (Chénier, De la liberté du théâtre en France)

Le personnage dans la pièce

Quel est son objectif ?

Le peuple est absent de la tragédie de Chénier. Il n’existe qu’à travers le discours des personnages, qui projettent sur lui leur fantasme politique. Les partisans d’un pouvoir autoritaire et despotique l’imaginent soumis et docile, jouet de leurs volontés, alors que les défenseurs d’un autre modèle de monarchie, se considèrent comme les représentants du peuple, et font de son bonheur l’objectif de leur politique. Dans la pièce, la figure d’Henri de Navarre, futur Henri IV, s’oppose ainsi à celle de Charles IX, mauvais roi capable d’ordonner le massacre de son peuple. Avant de quitter la scène, il fait ainsi la leçon au monarque dévoyé : “Rendre son peuple heureux est un bonheur si doux ! / Et vous, de vos sujets destructeur inflexible, / Roi d’un peuple vaillant, bon, généreux, sensible, / Vous vous rendez l’effroi de ce peuple indigné, / Et, sur le trône assis, vous n’avez point régné.” (Acte V, scène 3, v. 1568-1572)

Atteint-il son objectif ?

À la fin de la pièce, le camp du despotisme semble l’avoir emporté avec l’accomplissement du massacre de la Saint-Barthélemy, mais les prédictions finales du roi de Navarre, annonçant au roi sa mort future dans la souffrance, le remord et la solitude, suggèrent un vengeance future du peuple français contre ce monarque cruel. Les hallucinations de Charles IX, qui voit ses victimes venir le hanter, en clôture de la tragédie, confirment le jugement de l’Histoire, qui condamne un souverain ayant versé le sang de ses sujets.